Exposés 2013-2014

25 juin 2014

Le succès des ouvrages de développement personnel (self-help) : un analyseur des ambivalences de l’autonomie

Nicolas Marquis
Plan de l'exposé

Introduction : les livres de « développement personnel » (DP), un objet de recherche pour les sciences sociales
1. Au-delà des modèles du malaise et du pouvoir, décrire la réception et les usages d’un « dispositif psy »
2. Sens et puissances de l’expérience de lecture : les jeux de langage mobilisés par les lecteurs de DP comme révélateurs des représentations collectives de l’autonomie
3. Conclusion : les tensions de l’autonomie-condition

Références

Delchambre Jean-Pierre, « Nouvelle introduction à la socio-anthropologie du jeu », Les Cahiers du séminaire Jeu et Symbolique 1, 2008, p.6-69.
Illouz Eva, Saving the modern soul : therapy, emotions, and the culture of self-help, Berkeley, University of California Press, 2008.
Marquis Nicolas, Du Bien-être au marché du malaiseLa société du développement personnel (préface d’A. Ehrenberg), Paris, PUF, 2014.
Théry Irène, La Distinction de sexe, Paris, Odile Jacob, 2007.


Winch Peter, “Understanding a primitive society”, American Philosophical Quarterly 1, 1964, p. 307-324.

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21 mai 2014


L’objectivité de la clinique en psychiatrie : une discussion à partir du risque de psychose


Nicolas Henckes


Plan de l'exposé


Introduction: vertus entrepreneuriales, vertus épistémiques

1. Objectivité régulatoire et symptômes distaux
2. Jeux d’échelle: du risque au fonctionnement
3. Conclusion : Pratiques de l’évidence

Références

Yung, A. R. and P. D. McGorry (1996). "The prodromal phase of first-episode psychosis: past and current conceptualizations." Schizophrenia Bulletin 22: 353.
McGorry, P. D., R. Purcell, et al. (2007). "Clinical staging: a heuristic model for psychiatry and youth mental health." Med J Aust 187(7 Suppl): S40-42.
Salokangas, R. K., D. H. Nieman, et al. (2012). "Psychosocial outcome in patients at clinical high risk of psychosis: a prospective follow-up." Soc Psychiatry Psychiatr Epidemiol.

Daston, L. and P. Galison (2007). Objectivity. New York & Cambridge, Mass., Zone Books.
Armstrong, D., R. Lilford, et al. (2007). "Health-related quality of life and the transformation of symptoms." Sociology of Health & Illness 29(4): 570-583.


Cambrosio, A., P. Keating, et al. (2006). "Regulatory objectivity and the generation and management of evidence in medicine." Social Science & Medicine 63(1): 189.


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30 avril 2014

Le droit des (in)capacités, un révélateur des tensions de l’autonomie dans le domaine de la  santé mentale

Benoît Eyraud

Plan de l'exposé

Introduction : capacité civile et mental capacity : usages psychologique, philosophique, juridique

1. le droit des (in)capacités : un opérateur juridique de la garantie du respect de l’autonomie
2. L’effectivité du droit et le problème de l’évaluation des (in)capacités
3. La protection de la personne et le partage des capacités

Références

Dawson J., Szmuckler G.,  « Fusion of mental health and incapacity législation », The British Journal of Psychiatry (2006), 188: 504-509
Dhanda (A.), « Universal Legal Capacity as a Universal Human Right », in Watters C. Mental Health and Illness as Human Rights Issues, Philosophical, Historical, and Social Perspectives and Controversies.

Voir les sources à l'appui de l'exposé à l'onglet "Textes et documents pour le séminaire"

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26 mars 2014


 La chronicité psychiatrique après la désinstitutionnalisation


Nicolas Henckes


Plan de l'exposé

Introduction : Les temps de la psychiatrie
1. L’expérience de la chronicité psychiatrique au cœur de la psychiatrie au XXe siècle
2. Les deux désinstitutionnalisations : institutions et pratiques ; statuts et identités
3. L’éternel retour : dispositifs, expériences, pratiques de la chronicité psychiatrique au tournant du XXIe siècle

Références

Lantéri-Laura, G. (1997). La chronicité en psychiatrie. Le Plessis-Robinson: Synthélabo.
Henckes, N. (2011). Reshaping chronicity. Neuroleptics and the changing meaning of therapy in French psychiatry, 1950-1975Studies in History and Philosophy of Science Part C: Studies in History and Philosophy of Biological and Biomedical Sciences, 42(4), 434-442. 
Estroff, S. E. (1993). Identity, Disability and Schizophrenia. The problem of Chronicity. In S. Lindenbaum & M. Lock (Eds.), Knowledge, power and practice: the anthropology of medicine and everyday life (pp. 247-286). Berkeley: University of California Press.
Estroff, S. (1998). Le labyrinthe de la folie. Ethnographie de la psychiatrie en milieu ouvert et de la réinsertion. Le Plessis-Robinson: Institut synthélabo.

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12 février 2014

Les deux esprits des neurosciences cognitives.
Quelques réflexions pour une anthropologie de l’homme capable

« Il n’y a pas d’intervalle entre le social et le biologique », Marcel Mauss, Les Techniques du corps, 1936.

Alain Ehrenberg

Plan de l'exposé

1. Voir le monde du point de vue du cerveau 
La biologie de l’esprit comme forme de vie : le cerveau de l’autiste de haut niveau et le bœuf du Nuer.
Personnifier les neurosciences cognitives 
2. Les deux esprits des neurosciences cognitives
— « Spirit » : La psychanalyse relève d’une anthropologie de l’homme coupable, les neurosciences cognitives d’une anthropologie de l’homme capable.
— « Mind » : La tradition de la direction de conscience de Pierre Janet retravaillée par les représentations collectives de l’autonomie.
3. Changer les termes du débat : quelles conceptions du cerveau ? Quelles conceptions du social ?

Bibliographie

N. Elias, « Le concept freudien de société et au-delà », 1990, in : N. Elias, Au-delà de Freud. Sociologie, psychologie, psychanalyse, Paris, La Découverte, 2010.
A. Ehrenberg, Suis-je malade de mon cerveau ou de mes idées ? in : B. Chamak et B. Moutaud (dir.), Neurosciences et société. Enjeux des savoirs et pratiques sur le cerveau, Armand Colin, 2014 (mars), p. 255-287.
E. Evans-Pritchard, Les Nuers, [1937], Gallimard, 1994, préface de L. Dumont.

Documents

T. Grandin, avec R. Panek, The Autistic Brain. Thinking accross the Spectrum, Boston, New York, Houghton Miflin Harcourt, 2013.
T. Armstrong, The Power of Neurodiversity. Unleashing the Advantages of your Differently Wired Brain, Philadelphie, Da Capo Press, 2010, paperback, 2011.
R. P. Lieberman et A. Kopelowicz, Teaching Persons with Severe Mental Disabilities to be their own Case Managers, Psychiatric Services, n°53, vol. 11, 2002, 1377-1379 [accès libre sur le site de la revue].

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15 janvier 2014


Individualisme, autonomie, santé mentale
Du malaise dans la société à la science du comportement autonome

Alain Ehrenberg

Plan de l'exposé


Introduction : Trois niveaux de changements
1. L’inquiétude française : du modèle social au modèle libéral.
2. Sociologie, individualisme : le nœud décisif (de Durkheim à Rousseau)
3. Retour sur le malaise, la santé mentale et l’autonomie
4. Les deux esprits des neurosciences cognitives (introduction)

Bibliographie


B. Bernardi, Le Principe d’obligation, EHESS/Vrin, 2007.
N. Elias, "La civilisation des parents "(1980), in : N. Elias, Au-delà de Freud. Sociologie, psychologie, psychanalyse, La Découverte, 2010.
E. Durkheim, "La détermination du fait moral", in : Sociologie et anthropologie, présentation de B. Karsenti, préface de C. Bouglé, PUF, coll. « Quadrige », 1906/1994.
B. Karsenti, D’une philosophie l’autre. Les sciences sociales et la politique des modernes, Gallimard, 2012, particulièrement le chapitre VIII, Appartenir à la modernité.
M. Mauss, "Catégories collectives de pensée et de liberté,  Intervention à la suite de l’exposé de L. Weber sur Liberté et langage", 1921, Œuvres, 2.
M. Mauss, Intervention à la suite de François Simiand sur la monnaie, 1934, Œuvres 2, Minuit, Paris.
M. Mauss,  "Divisions et proportions des divisions de la sociologie", 1927, Œuvres 3.
J.-J. Rousseau, Du Contrat social, présentation et notes de B. Bernardi, GF, 1762/2001 (à lire dans cette édition à cause du travail remarquable de Bernardi).

Les textes de Mauss et ceux de Durkheim sont disponibles en ligne sur le site "Les Classiques des sciences sociales"

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« Tout en elle [la société] n’est que relation, même la nature matérielle des choses ; un  outil n’est rien s’il n’est pas manié. » M. Mauss, "Divisions et proportions des divisions de la sociologie", p. 215.

« La personne humaine est devenue la chose à laquelle la conscience sociale des peuples européens s'est attachée plus qu'à toute autre ; du coup, elle a acquis une valeur in­com­parable. C'est la société qui l'a consacrée. Cette espèce d'auréole qui entoure l'homme et qui le protège contre les empiétements sacrilèges, l'homme ne la possède pas naturellement ; c'est la manière dont la société le pense, c'est la haute estime qu'elle en a présentement, projetée au dehors et objectivée. Ainsi, bien loin qu'entre l'indi­vidu et la société il y ait l'antagonisme qu'on a si souvent admis, en réalité, l'individualisme moral, le culte de l'individu humain est l'œuvre de la société. C'est elle qui l'a institué. C'est elle qui a fait de l'homme un dieu dont elle est devenue la servante. » E. Durkheim, "La détermination du fait moral", p.  84.

« Car c’est cela au fond ce à quoi nous arrivons […], c’est à l’importance de la notion d’attente, d’escompte de l’avenir, qui est précisément l’une des formes de la pensée collective. Nous sommes entre nous, en société, pour nous attendre entre nous à tel ou tel résultat ; c’est cela la forme essentielle de la communauté. Les expressions : contrainte, force, autorité, nous  avons pu les utiliser autrefois, et elles ont leur valeur, mais cette notion d’attente collective est à mon avis l’une des notions fondamentales sur lesquelles nous devons travailler. Je ne connais pas d’autre notion génératrice de droit et d’économie : ‘je m’attends’, c’est la définition même de tout acte de nature collective. Il est à l’origine de la théologie : Dieu entendra — je ne dis pas exaucera, mais entendra — ma prière. » M. Mauss, Intervention à la suite de François Simiand sur la monnaie, p. 117.

« Il est remarquable que le problème de la liberté civique, celui de la liberté métaphysique, celui de la fondation des sciences sociales se soient tous posés en même temps. Il fallait le développement des sociétés et peut-être même des nations modernes pour que la notion de liberté civique, politique, religieuse et économique imposât à la conscience individuelle la notion de liberté pure. Les unes et les autres de ces formes de la notion de liberté n’expriment que la croissance considérable du nombre des actions possibles offertes au choix de l’individu, du citoyen dans nos nations. C’est la réalité et le nombre des contingences qui a donné le sens de la contingence. » M. Mauss, Catégories collectives de pensée et de liberté, p. 124.

« À ces trois sortes de lois [politiques, civiles, pénales] il s'en joint une quatrième, la plus importante de toutes, qui ne se grave ni sur le marbre, ni sur l'airain, mais dans les cœurs des citoyens; qui fait la véritable constitution de l'Etat; qui prend tous les Jours de nouvelles forces; qui, lorsque les autres lois vieillissent ou s'éteignent, les ranime ou les supplée, conserve un peuple dans l'esprit de son institution, et substitue insensiblement la force de l'habitude à celle de l'autorité. Je parle des mœurs, des coutumes, et surtout de l’opinion ; partie inconnue de nos politiques, mais de laquelle dépend le succès de toutes les autres. » J.-J. Rousseau, Du Contrat social, Livre II, chap. 12.

« Les institutions n’existent que dans les représentations que s’en fait la société. […] Pour employer le langage courant, on pourrait dire que toute la force des faits sociaux leur vient de l’opinion. C’est l’opinion qui dicte les règles morales et qui, directement ou indirectement, les sanctionne. Et l’on peut même dire que tout changement dans les institutions est, au fond, un changement dans l’opinion. […] Tout se passe dans la sphère de l’opinion publique ; mais celle-ci est proprement ce que nous appelons la sphère des représentations collectives. Les faits sociaux sont donc des causes parce qu’ils sont des représentations ou agissent sur des représentations. Le fond intime de la vie sociale est un ensemble de représentations. » M. Mauss, Divisions et proportions des divisions de la sociologie, p. 160.



« La vie en collectivité dans des États-nations urbains et industriels englobe tous les individus dans une réseau complexes de longues chaînes différenciées d’interdépendances. S’affirmer comme adulte dans des sociétés structurées de la sorte […] requiert un degré élevé d’anticipation et de maîtrise des impulsions passagères afin d’atteindre des objectifs à long terme et de réaliser ses envies. Le degré de contrainte requis correspond à la longueur des chaines d’interdépendance que l’on forme, en tant qu’individu, avec d’autres personnes. Autrement dit, s’affirmer en tant qu’adulte dans nos sociétés demande un degré élevé de maîtrise autorégulée de ses pulsions et affects. » N. Elias, "La civilisation des parents", p. 99.

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11 décembre 2013


Interpréter, revendiquer, persécuter. Le sujet de la paranoïa, du 19e au 20e siècle

Benjamin Lévy


Résumé: Il s'agira tout d'abord, en guise d'introduction, d'étudier les modalités selon lesquelles un discours porté sur la  paranoïa est susceptible d'échapper à la paranoïa.
Nous nous efforcerons ensuite de resituer l'émergence de la notion de « délires paranoïaques de revendication » (sous-catégorie des délires dits « passionnels » par de Clérambault). Pour ce faire, nous porterons un regard critique sur les critères qui légitimèrent, entre fin du dix-neuvième siècle et début du vingtième, leur distinction d'avec  les délires paranoïaques dits « d'interprétation »; puis nous interrogerons les coordonnées anthropologiques qui permirent la naissance du concept de revendication délirante, en nous focalisant sur des données d'ordre socio-économiques (comment évolua le rapport de l'individu à la propriété, au cours du dix-neuvième siècle).

L’exposé sera suivi d’une discussion qui portera au moins sur deux points: 1. la contextualisation d’un problème psychopathologique d’un point de vue socio-économique (ses formes, ses conditions, ses difficultés, etc.), et 2. la question de la visibilité (notamment médico-légale) et des éventuelles transformations contemporaines de la paranoïa, notion qui n’existe pas à proprement parler dans les DSM en tant qu’entité nosographique (on trouve juste la “personnalité paranoïaque”).

Voir les sources à l'appui de l'exposé à l'onglet "Textes et documents pour le séminaire"